Ecole normale supérieure de Lyon
Département des sciences sociales

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Parcours d'élèves et d'étudiants

Alexandre Tavin

Géographie, promotion 2008

"Votre passage à l’ENS sera ce que vous en ferez". Un discours vague, tenu par plusieurs personnes le jour de mon entrée à l’ENS en septembre 2008, et qui me laissait alors perplexe. 7 ans plus tard, force est de constater qu’elles avaient raison. Retour sur le parcours d’un économiste en géographie, de Lisbonne au Ministère des Finances en passant par Cape Town, Londres, l’Agence Française de Développement, les Services du Premier Ministre et la Caisse des Dépôts.
 

Humanités (2008-2009)

Rentré à l’ENS sur le concours BL (SES) et passionné par les questions de développement territorial, j’ai intégré le département de Géographie dès ma première année, tout en conservant mon rattachement au département d’Économie. Deux Licences en 1 an à jongler entre PIB, statistiques, politique monétaire et hyperinflation tout en approfondissant les zones climatiques, l’aménagement urbain et la géographie post-moderne.
 

L’agriculture urbaine à Lisbonne, du Nord aux Suds (2009-2010)

Je suis parti l’année suivante, en Master 1 de Géographie, travailler sur l’agriculture urbaine à Lisbonne, sous la direction du Pr. Paul Arnould. Cette ville, comme le reste du pays, a été frappée depuis 2005 par les crises économiques successives: le chômage a été multiplié par 4 tandis que les retraites ont été dévaluées 4 fois. Pour lutter contre la précarisation massive, des milliers de lisboètes sont devenus agriculteurs urbains, s’appropriant les nombreuses friches que la ville compte. Cultures vivrières, revente à même la rue, circuits courts d’alimentation de coopératives : l’agriculture urbaine façonne Lisbonne et y joue un rôle économique et social essentiel. Et l’importance de cette agriculture dépasse le cadre portugais : elle est un enjeu-clé du développement urbain, dans les pays développés (intégrée aux infrastructures vertes) comme dans les Suds en pleine urbanisation (lutte contre la paupérisation des néo-urbains, réduction de l’empreinte écologique et meilleur approvisionnement de la ville).
 
Pour aller plus loin, voici un article que j’ai écrit dans la revue Urbanités et une interview sur le sujet, dans l’émission Culturesmonde de France Culture, en compagnie de Jean-François Soussana (INRA).
 

Beans & braai : anthropologie et développement urbain, entre Londres et Cape-Town (2010-2011)

En parallèle de mon Master 2 de Géographie à l’ENS, j’ai vécu un an à Londres, inscrit en MSc en Économie et Développement à la London School of Economics (LSE). Une année durant laquelle j’ai notamment pu me spécialiser en finance et sur les questions de développement économique (économie urbaine, réseaux de transports, développement urbain, politiques macroéconomiques…). De plus, j’ai mené de front des travaux de recherche pour le LSE Cities Lab et l’organisation d’un forum sur le développement économique réunissant la Banque Européenne d’Investissement, le FMI, la Banque Mondiale et de nombreux acteurs privés.
 
Enfin, je suis parti à Cape-Town, en Afrique du Sud, faire un travail de recherche et de terrain sous la direction du Pr. Myriam Houssay-Holzschuch. Ce travail portait sur la réhabilitation des quartiers d’habitat informel, afin d’analyser les politiques urbaines sud-africaines en les comparant aux politiques urbaines d’autres émergents.
     

Césure : Centre d’Analyse Stratégique et Agence Française de Développement (2011-2012)

Durant mon année de césure, j’ai travaillé pendant 6 mois au Centre d’Analyse Stratégique (ex-Commissariat Général au Plan, rattaché aux Services du Premier Ministre, devenu depuis France Stratégie sous la direction de Jean Pisani-Ferry). J’ai été en charge d’une mission à destination du Ministre sur les cessions d’actifs et les investissements agricoles dans le monde, approfondissant les questions de sécurité alimentaire, d’ingérence, de partenariats public-privés et le rôle croissant de la Chine, notamment en Afrique et en Amérique Latine.
 
J’ai ensuite passé le reste de l’année à l’Agence Française de Développement. J’ai pu développer une réelle compétence technique en finance et suivi de projets sur plusieurs projets d’infrastructures et de réhabilitation de quartiers d’habitat informel, en Asie du Sud-Est, en Afrique subsaharienne et en Amérique Latine.
 

Affaires publiques et transition énergétique à la Caisse des Dépôts (2012-2013)

J’ai terminé ma scolarité à l’ENS par le Master 2 en Droit et Affaires Publiques que co-habilitent Paris I et l'ENS Paris. Au cours de cette année de Master, j’ai aussi eu l’opportunité de travailler pour la Direction des Nations Unies et des Organisations Internationales du Quai d’Orsay, sur une mission d’évaluation de la place des partenariats public-privé dans les politiques de développement.
 
À la suite de cette dernière année d’École, j’ai travaillé 8 mois comme chargé d’affaires à la Caisse des Dépôts (CDC Climat) en politiques climatiques et énergétiques locales. Ma mission était double : produire une comparaison internationale des projets majeurs d’infrastructures vertes (outils de financement et cycle de projet) et accompagner avec la CDC la stratégie et la première phase du projet de Trame Verte de la Communauté Urbaine de Bordeaux.
 

DG Trésor (2014 - …)

Depuis début 2014, je suis en poste au Ministère de l’Économie et des Finances, à la Direction Générale du Trésor : rien à voir avec le Trésor Public, la DG Trésor joue un rôle d’analyse et de conseil économique et financier pour l’élaboration et la mise en œuvre de l’ensemble des politiques publiques. En échange quotidien avec les cabinets ministériels, le Quai d’Orsay, les industriels majeurs du secteur, la Banque Mondiale et le FMI, je suis en charge du marché et du secteur pétrolier : à ce titre, depuis mon arrivée en poste, de Note Ministre en briefing, j’ai tour à tour suivi et apporté mon éclairage – avec d’autres ministères, homologues européens ou organisations internationales – sur une série de questions d'actualité.
 
En parallèle, je coordonne les travaux de prévisions macroéconomiques réalisées par le Trésor pour les pays avancés, qu’ils soient intégrés dans les Projets de Loi de Finance annuels, ou discutés par les Ministres au G7, G20 ou au FMI.

Contacter Alexandre: prenom.nom@gmail.com

Florence Nussbaum

Géographie, promotion 2009

J’ai choisi la géographie à mon entrée à l’ENS car je n’étais pas encore sûre de vouloir me diriger vers l’enseignement  et les débouchés de cette filière me semblaient plus variés. De plus, les promotions avaient une taille humaine (nous étions 9 géographes en première année), de sorte que nous formions un groupe assez soudé. Nous avons fait notre L3 à l’université Lyon 2, ce qui nous a permis de découvrir un peu le monde universitaire, nous qui sortions tous de prépa. Nous avions même choisi l’option « Environnement » en lieu et place de l’option « Histoire » pour appréhender tous les aspects de la géographie. Cette année à Lyon 2 m’a ainsi permis d’acquérir les bases qui me manquaient, notamment en épistémologie et en géographie physique. J’ai également participé à 4 stages de terrain au cours de l’année (deux avec l’université et deux avec l’ENS de Lyon), durant lesquels j’ai pu me familiariser avec les méthodes et les outils de la recherche qualitative, et apprécier l’austère quiétude de la campagne ardéchoise en hiver…
 
En deuxième année (M1), j’ai suivi les enseignements du Master STDDAD qui fonctionnait alors en réseau avec d’autres établissements de la région Rhône-Alpes. J’ai donc suivi certains cours à l’Ecole des Mines de St Etienne ou à l’Université de Savoie à Chambéry. Cela permettait de découvrir d’autres cadres académiques même si les cours étaient parfois trop spécialisés à mon goût. Pour mon mémoire de M1, intitulé « Vivre avec la mémoire du lieu : enquête dans deux cités minières du Bassin Potassique alsacien », j’ai travaillé sur le patrimoine industriel dans l’espace périurbain de Mulhouse, sous la direction de François Duchêne (ENTPE) et Emmanuelle Bonerandi puis Romain Garcier (ENS). Je garde un très bon souvenir de cette première expérience de recherche qui fut riche en découvertes.
 
La fabrique abandonnée de tuyaux Thomas Buck à KensingtonLors de mon année de M2, j’ai pu bénéficier des accords bilatéraux de l’ENS de Lyon pour passer un an à Philadelphie, en tant que « visiting scholar » à l’Université de Pennsylvanie. J’ai pu ainsi assister à quelques cours, profiter des conseils des enseignants de UPenn et passer un temps considérable sur le terrain pour mon mémoire de M2 : « Propriété privée contre politique de rénovation urbaine : l’exemple de Kensington à Philadelphie (Etats-Unis) », réalisé sous la direction de Romain Garcier. Ce travail de M2 m’a beaucoup plu et il m’a même donné l’idée d’un sujet de thèse. La photo montre le bâtiment d'une ancienne fabrique de tuyaux, la Thomas Buck Hosiery. Malgré sa situation enviable dans un quartier péricentral de Philadelphie, le bâtiment reste dans un état de délabrement prononcé - comme beaucoup d'autres dans le quartier. J'ai cherché à expliquer cet état de fait: comment se fait-il que des territoires proches des hypercentres ne connaissent ni redevéloppement, ni gentrification?
 
J’ai ensuite passé l’agrégation de géographie, que j’ai préparée à l’ENS dans des conditions très enviables (petits effectifs, nombreux cours et colles, équipe enseignante très présente et grande cohésion au sein de la promo), puis j’ai obtenu une bourse de thèse de l’ENS pour travailler sur les quartiers en déclin dans les grandes villes américaines. Je suis actuellement inscrite en thèse à l’Université Paris Diderot sous la direction de Renaud Le Goix
 
 

Lucas Tiphine

Géographie, promotion 2010

Après avoir intégré l’ENS de Lyon (ENSL) en 2010, j’ai réalisé une troisième année de licence en Géographie à l’Université Lyon 2. En effet, c’est seulement à partir du niveau Master que l’ENSL est habilitée à dispenser des diplômes universitaires et la troisième année de Licence est donc toujours suivie hors les murs. Par la suite, je me suis inscrit dans un master recherche dispensé par l’ENSL en partenariat avec trois universités rhône-alpines, toujours dans le domaine de la Géographie et de l’Aménagement. Depuis février 2013, je réalise une thèse de doctorat financée par le Fonds national suisse au sein d’un programme doctoral d’architecture et de sciences de la ville à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, qui est un partenaire fort de l'ENSL.
 

Des contraintes... tempérées par une liberté intellectuelle et des possibilités matérielles

Si je réfléchis rétrospectivement à ce que j’ai trouvé de plus précieux au cours de mon cursus à l’ENS de Lyon, je répondrais sans hésiter la liberté intellectuelle. Cela peut sembler d’autant plus paradoxal que j’ai pourtant eu l’impression, pendant mes années de formation à l’École, d’avoir de nombreuses contraintes. Par exemple, à notre arrivée dans le département de Géographie, je me souviens de la déconvenue de mes camarades et de moi-même lorsque nous avons appris que nous n’aurions pas vraiment le choix de l’Université dans laquelle réaliser notre dernière année de licence à Lyon. Même la sélection des cours à options avait été décidée à l’avance par les responsables de notre cursus à l’ENSL, ce qui après deux ou trois années de classe préparatoire déjà très encadrées nous semblait un peu injuste [depuis la rentrée 2012, il est désormais possible de choisir entre plusieurs institutions universitaires pour la réalisation de cette troisième année de licence en géographie]. 
 
Cette déconvenue initiale (et quelques autres les années suivantes !) a peut-être retardé ma prise de conscience quant à la chance de bénéficier, parallèlement à ces obligations, de moyens extraordinaires pour explorer un véritable espace de liberté intellectuelle. Maintenant que je suis inscrit dans un programme doctoral au sein duquel les étudiants ont des parcours très variés, je me rends compte que le choix d’un sujet de mémoire ou de thèse relève très souvent d’un compromis entre une curiosité personnelle et des contingences multiples. Par exemple, parmi mes collègues à l’EPFL, nombreux sont ceux qui, afin d’être en mesure de réaliser un doctorat tout en étant rémunéré, ont répondu à un appel à candidatures avec un sujet de recherche sur une thématique déjà définie à l’avance par le professeur ayant obtenu un financement de projet.

Dans les Écoles Normales Supérieures, de même qu’à l’École Polytechnique, il existe un quota d’allocations de recherche attribué par le Ministère de la Recherche qui permet aux étudiants en fin de Master 2 de proposer un sujet de thèse de leur choix ainsi qu’un directeur de recherche avec lequel réaliser ce travail. L’obtention de ces bourses fait l’objet d’une sélection, mais en comparaison avec le reste du système universitaire, le nombre de bourses disponibles par rapport au nombre d’étudiants en Master 2 est élevé. Pour moi, cela constitue une chance, plus encore que le salaire octroyé aux normaliens à leur entrée à l’École pour une durée maximum de quatre ans. Il existe en effet d’autres pays qui donnent des bourses au mérite plus ou moins équivalant à l’indemnité des normaliens. Mais à ma connaissance, il n’en existe pas qui permettent de bénéficier d’un tel ratio de bourses doctorales pour mener à bien un travail de recherche librement choisi après le Master. Cette relative sécurité quant à l’obtention d’une bourse de thèse à la sortie de l’École est vraiment une invitation à prendre des risques intellectuels et à explorer des chemins non balisés pendant le cursus à l’École, en tout cas dans la perspective d’une carrière académique.
 
 

Entre géographie et neurosciences

 En ce qui concerne plus spécifiquement le travail de Master que j’ai réalisé à l’ENSL, j’ai cherché à évaluer si la récente extraversion des neurosciences cognitives vers le « monde social » pourrait contribuer à une meilleure compréhension de l’expérience vécue des individus du point de vue des sciences sociales. La problématique plus générale des liens entre psychologie et géographie humaine est ancienne (le plus éminent représentant de ce courant de recherche est peut-être le géographe nord-américain Reginald Golledge), mais il n’existe pas actuellement, en tout cas en France, de structure de recherche qui étudie directement ces questions d’un point de vue transdisciplinaire. Il était donc nécessaire de convaincre des chercheurs issus des différentes disciplines de l’actualité de cette question de recherche afin de bâtir le cadre initial d’un dialogue. Autant à l’ENS de Lyon avec le Professeur Michel Lussault, qui a accepté d’encadrer mon travail, qu’au Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l’Action du Collège de France (Paris) où le Professeur Alain Berthoz m’a accueilli pour deux longs stages de recherche, j’ai reçu un soutien sans lequel je n’aurais certainement pas pu concrétiser le souhait de m’intéresser à ces questions dans de bonnes conditions.
 
Les conclusions que j’ai pu tirer à partir de mon travail de Master m’ont convaincu de la nécessité de continuer à travailler à l’échelle de l’individu, mais en assumant « l’impureté » des situations d’étude propre aux sciences sociales par rapport aux neurosciences qui sont gouvernées par le réductionnisme méthodologique et la reproductibilité des protocoles expérimentaux. Ainsi ma proposition de thèse de doctorat porte sur une réévaluation de la théorie de la proxémie développée notamment par l’anthropologue E.T. Hall (1914-2009) comme manière d’évaluer les modèles d’urbanité dans différentes villes du monde. Plus concrètement, j’étudie à partir d’enregistrements vidéo dans quatre métropoles de plus de dix millions d’habitants (Tokyo, Delhi, Los Angeles et Paris) les relations de distance entre individus au cours d’interactions dans des espaces publics comme le métro ou les rues. Mon objectif est de réussir à démontrer que la gestion spécifique de ces distances révèle quelque chose sur l’acceptation de la densité et de la diversité qui caractérisent la ville.
 
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